LES PLAQUES D’IDENTITES ALLEMANDES DE 1869 À 1918

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Auteur : Minen / Stephan LALISSE       

 

 

INTRODUCTION

 

Les guerres existent depuis l’aube de l’humanité. Je crois qu’il n’est pas incongru de rappeler cette vérité première dans un dossier sur les plaques d’identités. Au cours de ces conflits, les autorités ne se souciaient que très peu (voire pas du tout) des hommes tués au combat. Ces derniers (pour les hommes de troupe, car il en était différemment pour les officiers) étaient soit enterrés de manière anonyme soit reconnus et identifiés par des camarades de combat. Ce n’est que durant la deuxième moitié du 19e siècle que l’on a tenté de trouver un moyen d’identifier ces morts. Les premières initiatives ne sont pas venues des militaires mais des civils  (aux états unis, par exemple, durant la guerre de sécession, 1861-1865).

 

Du côté allemand, il semblerait que l’idée de doter les soldats d’un moyen d’identification viendrait d’un artisan de Berlin qui aurait proposé au Ministère de la Guerre prussien d’équiper ses hommes d’une plaque d’identité, reprenant plus ou moins l’exemple de la « plaque des chiens » (une sorte de timbre fiscal prouvant que le maître de l’animal avait bien payé la taxe). Légende ou réalité ? On ne sait plus très bien aujourd’hui. Toujours est-il que les plaques d’identités furent par la suite couramment appelées « plaques de chiens » dans le jargon militaire ou encore « dog tags » (Etats-Unis, Angleterre, Australie, …).

 

Je vous propose de suivre l’évolution de ces fameuses plaques d’identités en Allemagne, jusqu’en 1918.

 

 

I. Les premières plaques d’identités : modèles 1869 et 1878

 

I.1. Le modèle 1869

 

Ce tout premier modèle de plaque d’identité apparaît officiellement le 29 avril 1869 dans l’article 110 du Sanitätswesen der Armee im Felde (Règlement sur le Service de Santé en Campagne) sous le nom de Rekognitionmarke (plaque de reconnaissance).

 

Les dimensions de la plaque (ni le matériau à utiliser) ne sont pas précisées dans le texte et dans la pratique, il n’y a pas eu de standardisation. En lisant la documentation, il semble que ces plaques avaient des dimensions comprises entre 40x30 et 46x36 mm.

 

Leur forme, en revanche est bien définie : elles sont rectangulaires, avec les coins arrondis et présentent une bordure en relief sur le pourtour. Elles avaient deux trous de suspension pour pouvoir mettre un cordon et ainsi pouvoir la porter autour du cou. Ces plaques étaient marquées des informations suivantes :

 

-          abréviation de l’unité

-          numéro de compagnie

-          numéro de matricule du soldat

 

Une caractéristique de ces plaques modèle 69 est qu’elles étaient pré inscrites en relief (abréviation de l’unité et un C. pour compagnie). Les autres marquages étaient réalisés en creux par le dépôt de recrue ou par l’unité recevant le jeune soldat. Autre caractéristique : l’abréviation de l’unité est double. Elle se présente de cette manière :

 

- un premier chiffre correspond au numéro « provincial » du régiment

- une lettre qui correspond à l’initiale de la province

- deux lettres qui sont l’abréviation de l’unité (J.R. pour Infanterie Regiment, H.R. pour Hussard Regiment, …)

- un chiffre qui, lui, correspond au numéro du régiment dans l’armée allemande

 

Exemples d’inscriptions sur plaque modèle 69 (les / sont là pour marquer un passage à la ligne) :

 

-          1.S.G.R. 10   //   5. C.   //   56    : 1er Schesisches Grenadier Regiment N° 10, matricule n° 56 (1er régiment de grenadiers de Silésie, 10e régiment prussien)

-          4.R.J.R. 30   //   6. C.   //  104    : 4e Rheinisches Infanterie Regiment N° 30 (4e régiment d’infanterie de Rhénanie, 30e régiment d’infanterie prussien, à ne pas confondre avec un régiment de Réserve)

 

Ces plaques sont de nos jours assez rares à trouver. Il faut remarquer que certaines étaient fabriquées en laiton (très rares). Enfin, il semble que ce modèle de plaque fut utilisé uniquement par la Prusse.

 

I.2. Le modèle 1878

 

Faisant suite à la plaque modèle 1869, un deuxième modèle apparaît le 10 janvier 1878 dans l’article 26 du KSO (Krieg Sanität Ordnung, Règlement sur le Service de Santé en temps de Guerre). Dans ce texte, le nom Rekognitionmarke n’apparaît plus mais il est remplacé par le terme Erkennungsmarke (plaque d’identité). L’article est accompagné de deux dessins illustrant deux plaques d’identités mais, comme pour la plaque modèle 69, sans aucunes précisions quand aux dimensions.

 

- 1ère plaque : rectangulaire aux bords arrondis avec un seul trou de suspension (dans la partie supérieure). Dimensions approximatives : 49x29 mm.

 

- 2e plaque : ovale avec deux trous de suspension (près des bords, à droite et à gauche). Dimensions approximatives : 47x27 mm.

 

La première plaque était destiné à devenir le modèle officiel et la seconde un modèle utilisé pour le réapprovisionnement des stocks.

 

Dans la pratique, on constate que ces deux types de plaques se sont côtoyés jusqu’à l’adoption de la plaque modèle 1915. Une quantité considérable de variante on existées. Ces divergences (aussi bien sur des plaques rectangulaires que ovales) portent sur plusieurs critères :

 

-          dimensions

-          nombre de trous de suspension du cordon (un ou deux)

-          position de ces même trous de suspension pour les plaques à deux trous (en haut et proche de l’axe vertical de la plaque, en haut et près des deux coins à droite et à gauche, sur l’axe horizontal à droite et à gauche de la plaque)

 

Les inscriptions portées sur la plaque étaient de même nature que sur les plaques modèle 69 à la différence près qu’elles n’étaient pas systématiquement en relief.

 

Figure 1 : belle plaque Mle 78 à un seul trou de suspension et gravée comme les plaques Mle 69 (avec inscription de l’unité et le C de compagnie en relief). Source : internet.

 

 

Figure 2 : une autre plaque, du Ersatz Bataillon du JR 79, rectangulaire mais avec deux trous de suspension. Source : internet.

 

 

Figure 3 : plaque du Reserve Infanterie Regiment 74 dont la forme (sinon les dimensions : 52x31 mm) correspond au modèle présenté dans le paragraphe 3 de l’article 26 du KSO.

 

 

Figure 4 : plaque de la 8e compagnie de pionniers de campagne de la division de la garde (G.D. FELD. PI. 8.KP.). Dimensions : 49x32 mm.

 

 

Figure 5 : plaque modèle 78 avec inscription régimentaire en relief et une bordure sur le pourtour de la plaque. Source : internet.

 

 

Figure 6 : très belle plaque Me 78 (apparemment en laiton) du Westfälisches Jäger-Bataillon N° 7 (7e bataillon de chasseurs, de Westphalie). Le marquage du régiment est pré gravé en creux. Source : internet.

 

 

Figure 7 : grande plaque ovale (60x41 mm) d’une colonne de munition d’artillerie de la division de réserve de la garde

 

 

Figure 8 : une plaque du 2e Régiment de la Garde à Pied qui a la particularité d’indiquer le nom du porteur de la plaque (dimensions : 49x33 mm)

 

 

Cas particulier des plaques d’officiers : les plaques de hommes du rang et des sous-officiers étaient fournies par l’armée mais les officiers (y compris les officiers médicaux, les vétérinaires et les fonctionnaires supérieurs affectés à l’armée de campagne) devaient acquérir leur plaque par leurs propres moyens, auprès de fabricants civils. Sur les catalogues de certaines de ces Sociétés (qui fournissaient également des plaques à l’armée, pour les hommes du rang), on retrouve ainsi les deux modèles de plaques, rectangulaires ou ovales. Il semblerait que les plaques d’officiers étaient en métal argenté et exclusivement ovales. On trouve une assez grande diversité dans ces plaques, tant au niveau des dimensions que du style de frappe.

 

 

Cas des plaques bavaroises : les deux modèles de plaques (1869 et 1878) décrit ci-dessus n’étaient règlementaires que dans l’armée prussienne (à l’exclusion des contingents wurtembergeois, saxons et bavarois). Les bavarois ont adoptés en 1875 (le 17 mars) deux modèles de plaques : l’une rectangulaire (45x36 mm) et l’autre de forme ovale de taille assez petite (sans précisions quand aux dimensions).

 

II. Vers une standardisation : la plaque modèle 1915

 

            Comme nous venons de le voir, les plaques modèles 69 et 78 présentent un grand nombre de variantes, dans la mesure où la définition officielle du modèle à utiliser était elle même assez floue. Une uniformisation des plaques d’identités est apparue avec l’arrivée du modèle 1915. Le texte qui défini les caractéristiques de cette nouvelle plaque ne provient plus du service de santé mais du Ministère de la Guerre prussien (directive numéro 594 référencée 1085/7.15.B3 du 31 juillet 1915 publiée dans la Gazette de l’Armée, n° 34). La plaque modèle 15 a réellement été adoptée en septembre 1915.

 

II.1. La plaque

 

Réalisée en tôle de zinc, la plaque est ovale et mesure 7 cm de largeur et 5 cm de hauteur. Les plaques de forme rectangulaire sont donc complètement abandonnées. Elle est en une pièce, sans fentes de cassures. Les dimensions préconisées par le Ministère de la Guerre semblent avoir respectées dans une grande majorité des cas. Il existe néanmoins quelques divergences dans les dimensions. Ainsi, la largeur peut varier entre 6,6 et 7,3 cm et la hauteur entre 4,9 et 5,4 cm (observation réalisée par Yves Mouchet dans son article sur les plaques d’identités dans Militaria Mag n° 97, p. 18). Pour ma part, j’ai fait des constatations similaires sur les plaques de ma collection : les dimensions varient de 6,8 à 7,2 cm pour la largeur et de 4,9 à 5,6 cm pour la hauteur. On reste toutefois assez proche des dimensions officielles et l’on ne retrouve pas les écarts que l’on peut constater sur les plaques ovales du modèle 78.

 

 

Figure 9 : plaque modèle 15 d’un soldat du XVIIIe Corps d’Armée ensuite incorporé au 3e bataillon du J.R. 353.

 

 

Figure 10 : autre plaque d’un bavarois du 2e J.R. bavarois

 

 

Figure 11 : plaque d’un artilleur avec seulement l’affectation de dépôt (2e détachement de remplacement du 44e régiment d’artillerie de campagne, 1er dépôt de recrues).

 

 

Figure 12 : plaque malheureusement très abîmée  d’un bavarois du 1er régiment d’infanterie bavarois. Cette plaque n’est lisible que sous certaines conditions de lumière que la photo n’arrive pas à rendre. Je la présente néanmoins ici car j’ai pu avoir quelques informations sur ce soldat (aimablement communiquées par le Krankenbuchlager). Né en 1897, il fut incorporé le 2 juin 1916 à l’age de 19 ans. Il fut hospitalisé au Reserve-Lazarett à Berlin-Charlottenbourg entre le 8 juillet et le 10 septembre 1917. Ayant changé de compagnie entre temps mais toujours dans le même régiment, il fut de nouveau hospitalisé au Feld-Lazarett n° 34 le 5 août 1918 puis transféré au Feld-Lazarett n° 315 le 19 août de la même année. Il est sorti de l’hôpital le 4 septembre 1918. Peut-être a-t-il survécu à la guerre…

 

Une autre différence entre les plaques modèle 15 vient de la forme elle-même des plaques, y compris au sein d’un même régiment (voir les figures 13 et 14).

 

Figure 13 : plaque du JR 113 (5e Grenadier-Regiment Badois, XIVe AK). L’inscription révèle une 1ère affectation à la 1ère compagnie de remplacement de mitrailleurs du 14e corps d’armée puis une mutation à la compagnie de mitrailleurs du JR 113. Il est intéressant de constater que ce jeune soldat de la classe 1917 a été doté d’une plaque modèle 1915. Il a probablement été mobilisé durant l’année 1916.

 

Figure 14 : une autre plaque du JR 113 mais avec une forme complètement différente de la plaque de la figure 13. A noter que ce soldat est de la classe 1912 et qu’il a normalement été incorporé avant le soldat de la plaque fig. 13 (classe 1917).

 


II.2. La nature des inscriptions

 

Le texte du Ministère de la Guerre précise également la nature exacte des renseignements à inscrire sur les plaques.

 

Ces informations sont les suivantes :

 

1)                            le prénom et le nom de famille

2)                            la ville du dernier domicile (avec mention de l’adresse pour les villes les plus importantes en terme de population)

3)                            la date de naissance

4)                            la désignation de l’unité de dépôt et – le texte le précise bien – en abréviations compréhensibles

5)                            le numéro de la compagnie (ou de la batterie, de l’escadron…)

6)                            le numéro de matricule

 

Elles devaient être gravées dans la partie supérieure de la plaque, par l’unité de dépôt. En dessous, devaient figurer d’autres renseignements liés aux mutations successives du soldat en campagne et devaient être gravées par l’unité de campagne :

 

1)                            la désignation de l’unité de campagne, elle aussi en abréviations compréhensibles

2)                            le numéro de compagnie

3)                            le numéro de matricule

 

Figure 15 : exemple d’une plaque d’un artilleur. Après son nom, son adresse et sa date de naissance sont inscrits son unité de dépôt : Ersatz Abteilung Feld Artillerie Regiment n° 50 (détachement de remplacement du 50e régiment d’artillerie de campagne, il s’agit du 3e régiment d’artillerie Badois). On trouve ensuite son affectation de campagne : Reserve Feld Artillerie Regiment n° 21, 3e Abteilung (21e régiment d’artillerie de réserve, 3e détachement).

 

Le texte du Ministère de la Guerre montre en exemple le dessin d’une plaque d’identité devant être utilisée comme modèle. Le plaque présente un petit trait de séparation entre les informations relatives à l’état civil et à l’unité de dépôt du soldat et les informations relatives aux affectations de campagne. Dans la pratique, toutes les plaques ne possèdent pas ce trait de séparation. Il faut remarquer que le texte précise bien que l’unité de dépôt ne doit en aucun cas être changée. Malgré tout, on constate sur un grand nombre de plaques que l’affectation de dépôt a été rayée après une mutation dans une unité de campagne. En revanche, les affectations successives (changement de régiment, de compagnie …) devaient être rayées au fur et à mesure par la nouvelle unité.

 

On peut ainsi, uniquement à partir d’une plaque d’indenté, suivre le parcours d’un soldat. Certaines plaques présentent plusieurs affectations de campagne successives, dans la limite de la place disponible sur la plaque, bien sûr. Lorsqu’il n’y avait plus de place pour inscrire les informations, une nouvelle plaque était donnée au soldat. Il faut remarquer que ces plaques modèle 15 ne sont normalement pas gravée au verso mais on peut néanmoins trouver des renseignements sur cette face de la plaque. Enfin, tout comme pour les plaques modèle 78, les officier devaient se la procurer par leurs propres moyens, à condition qu’elle corresponde aux directives du Ministère de la Guerre.

 

 

Figure 16 : une plaque modèle 15 d’un soldat du 14e régiment d’infanterie bavarois, apparemment sans affectation de campagne. A noter (comme pour la plaque en figure 10) que l’appartenance bavaroise est bien indiquée (BAY. Pour Bayerische).

 

 

Figure 17 : deux plaques du 1er Garde Regiment zu Fuss (1er régiment de la Garde à Pied). La 2e plaque correspond parfaitement au modèle de la directive 594 du 31 juillet 1915, contrairement à la 1ère (où l’affectation de dépôt a été rayée). Cette première plaque est également inscrite au verso, indiquent une mutation à la 1ère compagnie de mitrailleurs.

 

 

Figure 18 : deux autres plaques du 1. G.R.z.F. mais de compagnies différentes. Le soldat de la première plaque fut muté au Feld Rekrut Depot (dépôt de recrues de campagne) de la 1ère Garde Infanterie Division.

 

 

Figure 19 : encore une plaque du 1. G.R.z.F. d’un soldat muté à la 1ère compagnie de mitrailleurs.

 

 

Figure 20 : plaque de la Ersatz 2. Sanität kompagnie (2e compagnie sanitaire de remplacement) du RJR 111.

 

 

Figure 21 : une autre plaque modèle 15 d’un soldat de la Garde. Il fut hospitalisé le 14 septembre 1914 au réserve Lazarett IV Aachen, Abteilung Ev. Gemeindehaus. Après un transfert au Vereinslazarett Würselen, il a rejoint son unité le 26 octobre 1914. Il fut hospitalisé une 2e fois en septembre 1915 au reserve Lazarett I Aachen (abteilung Marien-hospital) en tant que Gefreiter (informations aimablement communiquées par le Krankenbuchlager). Il était à cette époque affecté au Stab. II. Garde Jnfanterie Brigade (état major de la 2e brigade d’infanterie de la garde).

 

 

 

II.3. Marquages des unités

 

Comme le précise très explicitement la directive 594, les inscriptions des unités de dépôt et de campagne doivent être gravées en abréviations compréhensibles. On abandonne ainsi (et cela devient même interdit) les désignations provinciales des régiments (comme sur les plaques modèle 78) pour ne retenir que la désignation prussienne. Pour reprendre l’exemple cité dans le paragraphe sur les plaques 1878, le 4e régiment d’infanterie de Rhénanie (30e régiment d’infanterie prussien) ne sera plus inscrit 4.R.J.R. 30 mais simplement J.R.30. Cette volonté s’explique très facilement par le souci d’éviter toute confusion dans l’identification des unités, ou, en tout cas, minimiser les probabilités d’erreurs.

 

Seuls les régiments bavarois, non intégrés à l’armée prussienne, continueront à marquer leurs appartenance provinciale dans leurs marquages régimentaires.

 

Toujours dans le but de standardiser les marquages des unités sur les plaques d’indentés, le Ministère de la Guerre fourni en annexe de sa directive une liste de 82 abréviations qui devront désormais être utilisées.


Voici cette liste :

 

Abt.

Abteilung

Détachement

Arm. (batl.)

Armierungs (bataillon)

Bataillon de fortification

Art.

Artillerie

Artillerie

Arm.

Armee

Armée

Batl.

Bataillon

Bataillon

Batt.

Batterie

Batterie

Bllabw. (Kan.)

Ballonabwehr kanonen

Canon anti-ballon

Bäck. (kol.)

Bäckerei kolonne

Colonne de boulangers

Btr. (K.)

Betriebs kompanie

Compagnie de service

Br. Tr.

Büchentrain

Train de pontage

Brg.

Brigade

Brigade

Bau. (K.)

Bau kompanie

Compagnie de construction

Dep.

Depot

Dépôt

Div.

Division

Division

Dpp. (Zg.)

Doppel zug

Section double

Dr.

Dragoner

Dragons

Eisb.

Eisenbahn

Chemin de fer

Esk.

Eskadron

Escadron

Ers.

Ersatz

De remplacement

Et.

Etape

Zone de communication

Fd. (Artl.)

Feld artillerie

Artillerie de campagne

Fsp. (zg.)

Fernsprech zug

Section de téléphonistes

Fst. (Masch. Abt.)

Festung maschinen (gewehr) abteilung

Détachement de mitrailleuses de forteresse

Flg.

Flieger

Aviation

Fhrp.

Fuhrpark

Parc de voitures

Fk.

Funker

Télégraphistes sans fil

Füs.

Füsilier

Fusilier

Fuß. (Artl.)

Fuss artillerie

Artillerie à pied

Gard.

Garde

Garde

Gbg. (Masch. Gew. Abt.)

Gebirgs maschinen gewehr abteilung

Détachement de mitrailleuses de montagne

Gren.

Grenadier

Grenadier

Hus.

Husaren

Hussards

Jäg.

Jäger

Chasseurs (à pied)

Jäg. Z. Pf.

Jäger zu Pferde

Chasseurs à cheval

J.

Infanterie

Infanterie

Kav.

Kavallerie

Cavalerie

Kan.

Kanonen

Canons

Kol.

Kolonne

Colonne

K.

Kompanie

Compagnie

Kdtr.

Kommandantur

Etat major de place

Kdo.

Kommando

Commandement

Kps.

Korps

Corps

Krfw.

Kraftwagen

Automobile

Kür.

Kürassier

Cuirassier

Ldst.

Landsturm

Landsturm

Ldw.

Landwehr

Landwehr

Laz.

Lazarett

Hôpital

Lehr.

Lehr infanterie regiment

Régiment d’infanterie d’instruction

L.

Leichte

Léger

Luftsch.

Luftschiffer

Aérostiers

Mag.

Magasin

Magasin

Masch.

Maschinengewehr

Mitrailleuses

Minw.

Minenwerfer

Lance mines

Mtt.

Mittlere

Moyen

Mob.

Mobil

Mobile

Mrs.

Mörser

Mortier

Mun. (Kol.)

Munitions kolonne

Colonne de munitions

Pfd. (Dep.)

Pferde depot

Dépôt de chevaux

Pi.

Pionnier

Pionnier

Prov.

Proviant

Vivres

Rdf.

Radfaher

Cyclistes

R.

Regiment

Régiment

Rekr. (Dep.)

Rekrut depot

Dépôt de recrues

Res.

Reserve

Réserve

Sml. (K.)

Sammel kompanie

Compagnie de récupération

San.

Sanitäts

Médical

Schwf.

Scheinwerfer

Projecteur de lumière

Schl.

Schlächterei

Bouchers

Si. (Tpp.)

Signal trupp

Equipe de signalisation

Schnee-Batl.

Schneeschuh bataillon

Bataillon de skieurs

Schw.

Schwerer

Lourd

Stffstb.

Staffelstab

Echelon d’état major

Stat.

Station

Station

Str. Bau. (K.)

Straßenbau kompanie

Compagnie de construction routière

Telgr.

Telegraphen

Télégraphistes

Tr.

Train

Train

Tpp.

Trupp

Equipe

Übpl.

Überplanmäßig

Excédentaire

Ul.

Ulanen

Uhlans

Verm.

Vermessung trupp

Equipe topographique

Vpfl.

Verpflegung kolonne

Colonne à vivres

Zg.

Zug

Section

 

Ce tableau est la liste officielle des abréviations à utiliser pour graver les plaques. Ces instructions ne furent cependant pas toujours respectées. On constate ainsi des divergences par rapport à ces abréviations. Par exemple Grenadier n’est pas tours écrit Gren. mais parfois Gr. ou simplement G. De même, le k. de compagnie est parfois indiqué komp. ou comp. Il existe donc beaucoup de variantes dans ces abréviations.

 

III. Evolution des plaques d’identités : modèles 1916 et 1917

 

III.1. La plaque modèle 16

 

Le 16 novembre 1916 apparaît un nouveau modèle de plaque d’identité. Ses caractéristiques sont définies dans la directive 1727/8 16.B3.

 

La matière (tôle de zinc) et la forme (ovale avec 2 trous de suspension pour le cordon dans la partie supérieure) sont identiques au modèle 15. La directive mentionne une largeur de 6,8 cm mais en réalité, de très nombreuses plaques modèle 16 ont les mêmes dimensions que les plaques modèle 15 (7x5 cm). La nouveauté est que ces plaques doivent avoir, suivant l’axe horizontal, trois fentes de cassures afin de pouvoir séparer la plaque en deux morceaux.

 

Ces fentes de cassure doivent mesurer 18 mm de long sur 1 mm de large, avec un espacement entre elles de 3 mm et à 4 mm du bord de la plaque.

 

Figure 22 : plaque modèle 16

 

 

Figure 23 : verso de la plaque en figure 21. L’inscription correspond au 1er Régiment de la Garde à Pied, 9e compagnie.

 

 

Figure 24 : très belle plaque modèle 16 du 27e bataillon de remplacement de pionniers

 

 

Figure 25 : le verso de la plaque fig. 23. Le soldat a été muté dans la compagnie de minenwerfer n° 52 (inscription assez rare à trouver sur des plaques d’identité). Cette compagnie, non enrégimentée, fut créée en 1915. J’ai utilisé cette même plaque pour réaliser le montage photographique de la première page. Sur ce montage, l’inscription en pierre (de la 312e compagnie de minenwerfer) est visible sur une très belle position de lance-mines au HartmanWillerKopf.

 

 

La nature des renseignements devant être gravés sur la plaque sont les mêmes que pour la plaque modèle 15. Cependant, ils doivent être gravés de manière identique sur les deux moitiés de la plaque. La surface d’écriture étant ainsi réduite de moitié, le verso de la plaque fut également utilisé pour inscrire des informations. En général, on trouve sur le recto les données personnelles (prénom, nom, adresse et date de naissance) ainsi que les abréviations de l’unité de dépôt alors que le verso est utilisé pour inscrire la ou les affectations de campagne. Il faut remarquer que les inscriptions sur les deux moitiés de la plaque sont toujours dans le même sens de lecture, contrairement à bon nombre de plaques de la deuxième guerre mondiale (qui ont très souvent des inscriptions tête bêche).

 

 

Figure 26 : belle plaque modèle 16 du Ersatz bataillon du 2e Garde Grenadier Regiment (bataillon de remplacement du 2e régiment de grenadiers de la Garde). Elle est intéressante car le soldat en question faisait partie de la Genessenden kompagnie (compagnie de convalescents), relativement rare à trouver sur les plaques d’identité. Source : internet.

 

 

Figure 27 : plaque d’un soldat du Ersatz Bataillon Jnfanterie Regiment n° 13 (1er de Westphalie)

 

 

Figure 28 : verso de la plaque figure 26 avec mention d’une unité assez rare, un Armierung Bataillon (bataillon de fortification).

 

 

Figure 29 : plaque d’un Landwehr Jnfanterie Regiment qui a la particularité d’avoir un trou dans la moitié inférieure. Alors que la partie supérieure devait rester sur le corps du soldat tué au combat, la partie inférieure était restituée aux autorités militaires. Le troisième trou dans la partie inférieure était destiné à faciliter le transport des demi plaques.

 

Figure 30 : verso de la plaque figure 28 avec mention du JR 472, régiment créé en 1917 à partir de régiments de Landwehr. Ce 472e est l’un des derniers régiments créés pendant la guerre (pour l’infanterie, la numérotation s’arrête à 478).

 

Figure 31 : une autre plaque modèle 16 avec également un trou de suspension dans la moitié inférieure mais cette fois ci sur le côté.

 

Figure 32 plaque d’une unité peu courante : Feld Lazaret 4. Gard. Tr. Ers. Abt. (Hôpital de campagne du 4e détachement de remplacement du train de la garde).

 

 

III.2. Transformations de plaques modèle 15 en plaques modèle 16

 

La directive définissant les caractéristiques de la plaque modèle 16 précise :

 

            « Les plaques d’usage courant, conformes au décret du 13 août 1915 [c'est-à-dire, le modèle 15], doivent être perforées sur l’axe horizontal le plus rapidement possible, puis frappées au verso des mêmes inscriptions de façon que les marques figurant sur chaque moitié soient complémentaires. »

 

Cela signifie très clairement que les plaques du modèle 15 doivent être adaptées aux formes et exigences du nouveau modèle. On rencontre ainsi assez fréquemment des plaques 15 modifiées artisanalement par les unités de dépôt ou les unités de campagne, la principale difficulté étant de réaliser les fameuses fentes de cassure. Elles sont particulièrement intéressantes car on peut voir de quelle manière les unités ont su (avec plus ou moins de réussite !) recycler les anciennes plaques. Ces plaques « adaptées » ont donc été réalisées après le mois de novembre 1916 et vraisemblablement jusqu’au début de 1917, jusqu’à l’épuisement des stocks.

 

 

Figure 33 : plaque modèle 15 (dimensions : 70x50 mm) adaptée au modèle 16. On constate que les fentes de cassure ne correspondent pas à celles du modèle 16. Ce soldat, de la classe 1910 a sûrement été « rappelé » fin 1916 ou début 1917. A noter les lettres GB devant la date de naissance (pour Geborn, né le…).

 

 

Figure 34 : verso de la même plaque.

 

 

Figure 35 : autre plaque adaptée, du JR 149 (abwehr kompagnie)

 

 

Figure 36 : belle plaque de la compagnie de minenwerfer du 13e bataillon de pionniers de remplacement, adaptée par l’ajout de 3 fentes de cassure dans la partie basse de la plaque. On voit bien le report des inscriptions sur le verso. Source : internet.

 

 

Figure 37 : autre plaque adaptée mais d’une manière différente. Ce ne sont pas des fentes de cassure mais des perforations probablement réalisées avec un pointeau. Source : internet.

 

 

Figure 38 : encore une autre mais les perforations ont été faites par des petits traits. L’image de gauche montre bien qu’il s’agissait au départ d’une plaque modèle 15, visible au trait qui séparait les inscriptions entre la partie haute et la partie basse.

 

 

Figure 39 : sur cette plaque, l’adaptation n’a pas été très réussie… Source : internet.

 

 

Figure 40 : seulement deux fentes de cassure pour cette plaque du RJR 88. source : internet.

 

 

Figure 41 : la photo ne le montre pas très bien, mais il y a effectivement 3 fentes de cassure réalisées artisanalement. Ce soldat né le 8 juillet 1897 fait partie de ceux dont je connais partiellement le parcours. Incorporé le 14 mars 1916 (à l’age de 18 ans !) il a fait partie, en tant que « Schütze », de la 3e compagnie de mitrailleuses du Reserve Jnfanterie Regiment n° 258 (ainsi qu’il est mentionné sur sa plaque). Il fut hospitalisé le 6 septembre 1917 au Reserve-Lazarett Wetzlar puis transféré au Reserve-Lazarett III Vereinslazarett Honnef Bonn le 2 octobre 1917 dont il n’est sorti que le 26 novembre 17 (plus de deux mois et demi tout de même…) avant d’être réintégré dans l’unité de dépôt (informations communiquées par le Krankenbuchlager).

 

 

III.3. La plaque modèle 17

 

Un dernier modèle de plaque - pour la première guerre mondiale - fut adopté le 16 septembre 1917 (directive 903 du Ministère de la Guerre, classée sous la référence 2377/8. 17. B3.).

 

Cette plaque (de 68 mm de large contre 54 mm de haut) est très proche du modèle 1916, la seule différence portant sur les dimensions des fentes de cassure. Elles doivent désormais avoir une longueur de 16 mm et être espacées entre elles de 5 mm (contre 3 pour la plaque 16) et à 5 mm du bord de la plaque. Par rapport à la plaque 1916, ces fentes de cassure ont donc été très légèrement raccourcies afin de renforcer la plaque et diminuer ainsi le risque de cassure accidentel.

 

Autre nouveauté, qui n’en est pas vraiment une puisque cette caractéristique avait déjà été observée sur des plaques modèle 16 : l’apparition d’un trou de suspension dans la moitié inférieure de la plaque pour faciliter le transport des demi plaques « récoltées » sur les corps des soldats morts. La position de ce trou (ainsi que celle des deux trous de la moitié supérieure) et l’épaisseur de la plaque sont également bien définies. La nature des inscriptions à y graver est identique à celle de la plaque modèle 16.

 

Dans la pratique, il ne semble pas y avoir eu de remplacement en masse des plaques 1916 par le modèle 1917, contrairement à ce qui s’est passé lors de l’abandon du modèle 1915. Il est assez difficile de reconnaître avec certitude une plaque modèle 17 car certaines plaques 1916 avaient déjà des dimensions et caractéristiques similaires. Bien qu’ayant été officiellement réglementaire au sein de l’armée allemande, les plaques d’identités du modèle 1917 ne sont pas reconnues par les historiens ni par les collectionneurs qui ne retiennent en général que trois modèles de plaques pour la période 1869/1918 : modèle 1869/1878, modèle 1915 et modèle 1916.

 

 

EN RESUMÉ

 

- plaques modèles 69 et 78 :  plaques généralement de petites dimensions (très variables) de forme ovale ou rectangulaire (rarement rondes) avec un ou deux trous de suspension (emplacement variables). Double marquage de l’unité (provincial et prussien) systématique (et en relief) sur les plaques 1869 et très fréquent (mais pas systématique) sur les plaques 1878. Utilisée jusqu’en septembre 1915.

 

- plaques modèle 15 : plaques ovales de dimensions approchant 70x50 mm avec deux trous de suspensions en partie haute de la plaque. Les marquages comprennent des données personnelles (nom, adresse…) et des informations liées aux mutations successives du soldat. Utilisée jusqu’en novembre 1916.

 

- plaques modèles 16 et 17 : plaques ovales de dimensions similaires à la plaque modèle 15 avec 3 fentes de cassure suivant l’axe horizontal. Deux trous de suspensions dans la moitié supérieure et parfois un trou dans la moitié inférieure. La nature des inscriptions est identique à celle des plaques modèle 15 mais elles sont reportées sur chacune des deux moitiés de la plaque (et écrite dans le même sens).

 

IV. La frappe des plaques

 

            Il est évident que sur un certain nombre de plaques d’identités allemandes les marquages des unités furent pré gravées. Cela est bien visible sur les plaques des modèles 1869 et 1878 avec inscriptions régimentaires en relief. Les données propres à chaque soldat étaient ensuite gravées en creux. Il en fut de même pour les plaques des modèles 1915 et 1916/17. On observe un nombre incalculable de variantes dans les polices de caractère et les dénombrer (si toutefois la tâche était faisable) ne présenterait pas grand intérêt. Quelques styles de gravure méritent néanmoins d’être signalés. En voici quelques uns.

 

Figure 42 : plaque modèle 78 avec inscription en italique, probablement réalisée manuellement. Source : internet.

 

 

Figure 43 : autre plaque mais du modèle 15 avec inscriptions en relief effectuée par l’unité de dépôt suivie d’une gravure « classique » par l’unité de campagne. Source : internet.

 

 

Figure 44 : encore une plaque modèle 15 qui a les mêmes caractéristiques que la précédente.

 

 

Figure 45 : belle plaque modèle 15 dont l’inscription n’est pas en italique mais où l’on voit bien la différence de police de caractère entre le marquage de l’unité (ERS. BATL. 2. GARD. R. z. F., 2e Régiment de la Garde à Pied) et les données propres au soldat.

 

 

Figure 46 : autre plaque du 2. G.R.z.F. où le numéro de la compagnie a été changé manuellement à l’aide d’un objet pointu (couteau ?), indiquant une mutation du soldat (en l’occurrence, de la 4e vers la 2e compagnie).

 

 

Figure 47 : plaque modèle 16 vierge… ou presque

 

 

Figure 48 : verso de la plaque précédente. Cette plaque retrouvée sur le terrain est déjà gravée de l’unité de campagne et du numéro de compagnie.

 

 

Figure 49 : verso d’une plaque (bien affectée celle là) retrouvée au même endroit mais d’une compagnie différente. Le lettrage est identique.

 

 

Figure 50 : recto de la plaque précédente : marquage de l’unité de dépôt. La différence de forme entre le R et le F de l’unité de dépôt et de l’unité de campagne (photo précédente) est évidente.

 

 

V. Le port de la plaque – cordons de suspension

 

Dès l’apparition du premier modèle de plaque d’identité en Allemagne, la manière officielle de la porter fut défini : elle devait être portée sur un cordon autour du cou. En revanche, ces textes ne donnent aucune description du cordon de suspension. Il est possible que pour le modèle 1869, le cordon de suspension était en cuir et, peut être, en soie pour les officiers, mais cela ne reste qu’une hypothèse.

 

Par la suite, les cordons furent réalisés en laine pour les hommes du rang et en soie pour les officiers mais, encore une fois, ceci ne fut pas formalisé dans les textes officiels. Ces informations proviennent de catalogues de Sociétés privées produisant des effets militaires (Cf. Yves Mouchet et Pascal Hesse). Les cordons étaient aux couleurs de la province d’origine du régiment (de même que pour les cocardes des casques à pointes par exemple).

 

Voici les différentes couleurs de cordons :

 

Couleur de cordon

Province

Noir et blanc

Prusse

Blanc et bleu clair

Bavière

Vert et blanc

Saxe (royaume et duchés)

Noir et rouge

Wurtemberg

Rouge et jaune

Bade

Blanc et rouge

Hesse

Noir, vert et jaune

Grand duché de saxe (Saxe Weimar)

Rouge, jaune et bleu

Mecklembourg

Bleu clair et jaune

Brunswick

Bleu et rouge

Oldenbourg

Rouge et jaune

Lippe Detmold

Rouge, bleu et blanc

Schaumbourg-Lippe

Vert foncé

Anhalt

Bleu foncé et blanc

Schwarzbourg

Noir, rouge et jaune

Waldeck et Reus

Blanc et rouge

Villes hanséatiques

Noir, blanc et rouge

Alsace-Lorraine

 

 

Toutefois, les plaques d’identités n’étaient pas systématiquement portées de façon réglementaire. Plusieurs photographies d’époque en témoignent. On connaît par exemple de petites pochettes en toile épaisse ou en cuir qui ont pu servir à y mettre la plaque d’identité. Ces pochettes, dont on ne connaît que très peu d’exemplaires, n’étaient pas réglementaires et étaient vraisemblablement achetées dans les foyers. On peut également imaginer qu’elles servaient à l’occasion de petits porte-monnaie.

 

La figure ci-dessous en montre un très bel exemplaire, avec une étiquette en tissu au nom d’un gefreiter du 21e régiment de Uhlan (le Sächs.3. Ulanen-Regiment Kaiser Wilhelm II, König von Preußen). Ces étiquettes étaient réglementaires sur certains effets militaires.

 

 

Figure 51 : pochette en cuir non réglementaire (achat privé) ayant pu servir à ranger une plaque d’identité (Dimensions : 73x78 mm).

 


VI. Curiosités et « bizarreries »

 

J’ai regroupé dans ce chapitre des plaques d’identité qui, soit se singularisent des modèles réglementaires par leur forme, soit qui présentent des inscriptions inhabituelles.

 

 

Cas (très) particulier des plaques rondes

 

Il existe un petit nombre de plaques circulaires qui, bien que n’ayant jamais été réglementaires, sont bien des plaques d’identités. Attention toutefois à ne pas les confondre avec des plaques d’indicatifs de ligne téléphoniques ou électriques. Pour reconnaître à coup sûr une plaque d’identité circulaire, l’inscription doit au minimum mentionner les 3 renseignement de base, à savoir l’unité, la sous unité et le numéro de matricule.

 

Ces plaques rondes sont assez rares, quelques chiffres suffisent à s’en rendre compte : ma base de donnée comporte à ce jour 604 plaques dont 226 sont du modèle 78. Or je n’ai recensé que 11 plaques rondes. Elles présentent un certains nombre de différences dans leurs dimensions et dans le nombre et la place des trous de suspensions. Il en existe de deux types : certaines mesurent environ 4 cm de diamètre et d’autres (encore plus rares) ne mesurent qu’environ 1,6 cm de diamètre. Quand aux trous de suspension, il peut y en avoir un ou deux. Dans ce dernier cas, ils peuvent être situés en haut de la plaque ou de part et d’autre.

 

Voici la liste (évidemment non exhaustive) des plaques rondes que j’ai pu recensé :

 

Inscription

Source

Remarques

2. ERS. BATL.

JR. 185

Meinlschmidt / Hesse

Régiment Badois créé début 1915.

Brgd. Ers.

Batl. 86.

Meinlschmidt / Hesse

Il en existe 2 exemplaires, les 2 sont de la 3e compagnie. Ce bataillon a servi à créer le JR 364 durant l’été 1915.

BRJR 4

Meinlschmidt / Hesse et Militaria Mag

Il en existe 5 exemplaires, dont 4 de la 9e  compagnie. Il en existe quelques exemplaires de 1,6 cm de diamètre et l’une d’entre elles est en fer. Régiment bavarois.

F.A.R. 27

Militaria Mag

Cette plaque du XVIe corps d’armée présente une inscription du type 1915 (avec le nom, la ville et la date de naissance).

ARM. BAT.

N° 84

Militaria Mag

84e bataillon de fortification.

1. E.B.J.R. 11

Collection personnelle

L’inscription précise le nom de ce soldat du J.R. 11 (le 2e de Silésie, VIe A.K.).

 

 

Selon toute vraisemblance, ces plaques sont des plaques provisoire ou de circonstance et peuvent être datées du début de la guerre.

 

 

Figure 52 : plaque mesurant 4 cm. Le nom de son porteur est indiqué. L’inscription mentionne son appartenance à une Genessenden komanie (compagnie de convalescent).

 

 

Figure 53 : minuscule plaque (31x16 mm) très curieuse qui peut être considérée comme une plaque d’identité « de circonstance ». 

 

 

Figure 54 : verso de cette même plaque. Le régiment est le Gren. J.R. 119 ( 119e Grenadier-Regiment Königin Olga, le 1er du Wurtemberg, créé en 1673). Le fait que l’inscription ne « rentre » pas complètement sur la plaque me laisse à penser que la gravure a été faite à l’aide d’un « tampon ».

 

 

Figure 55 : très curieuse plaque du 3. Bay. Fussa. Regiment (3e régiment d’artillerie à pied bavarois) qui possède deux trous de suspension dans les deux moitiés. Il s’agit peut-être d’un modèle 1917, vu les dimensions des fentes de cassures. Source : internet.

 

 

 

Plaques avec numéros de matricules particuliers

 

L’une des informations permettant à coup sûr de reconnaître une plaque d’identité est la présence d’un numéro de matricule (Stammrolle). Chaque soldat se voit attribuer un Truppenstammrolle (matricule d’unité) et ces numéros se suivent de manière consécutive. Par exemple, un soldat portant le matricule 547 au sein d’un dépôt de recrues est le 547e soldat à avoir été affecté à cette unité. Ce numéro était reporté (entre autre) sur le livret militaire (Militärpaβ).

 

En temps de guerre, le matricule d’unité se voyait remplacé par un matricule de guerre (kriegstammrolle) qui fut attribué aux personnels déjà présents sous les drapeaux. Le principe d’attribution de ces numéros - notamment dans les unités de remplacement (Erstaz) et de campagne - est encore assez mal connu. En général les numéros de matricules comportent au maximum 4 chiffres. Il existe néanmoins quelques très rares plaques avec des matricules à 5 chiffres. Par exemple, un matricule n° 10000 signifie que dix mille hommes sont passés par l’unité concernée. Ce chiffre est considérable : au début de la Grande Guerre, un régiment d’infanterie à 3 bataillons (soit 12 compagnies plus une compagnie de mitrailleurs) comportait environ 3500 hommes.

 

 

Figure 56 : plaque modèle 15 qui présente deux particularités remarquables. D’une part, la mention en toutes lettres du numéro de matricule (STAMMROLLE  NR.) et d’autre part la valeur très élevée de ce matricule : 16765.

 

 

Figure 57 : autre plaque modèle 15 avec un matricule très particulier 8/24 dont la signification n’est pas clairement établie. Ce matricule correspond à son affectation de dépôt.

 

 

Figure 58 : encore un matricule très curieux dont la signification n’est pas encore connue avec certitude. Cette fois ci, c’est un chiffre romain qui précède le numéro proprement dit : V 929. J’ai déjà constaté cette particularité sur un militärpass (voir ci après).

 

 

Figure 59 : militärpass d’un soldat avec une affectation de dépôt au J.R. 55 (le 6e de Westphalie). Le truppenstammrolle a été changé à la main en un kampfstammrolle (?), matricule de combat. Le matricule comporte un chiffre romain : 2908 VI comme sur la plaque précédente.